Le + des films

Terre marronne, note de la réalisatrice Lauren Ransan

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » Aimé Césaire

"Cette citation est à mon sens applicable à l’échelle individuelle : une personne sans mémoire est une personne sans avenir. J’ai grandi à La Réunion et même si je n’en suis pas originaire, cette île est la mienne. Sans terre d’origine, ni racines familiales, je mène ma quête du passé dans celle de ma terre d’adoption. A travers ce film c’est aussi une partie de mon histoire que je veux construire.

L’île est marquée par un passé dur et encore récent de ce que l’Homme peut faire de pire, un crime contre l’humanité : l’esclavage. Mais elle porte aussi en elle ce que l’Homme peut faire de mieux dans ces situations : résister au système établi. Une certaine forme de résistance s’est traduit, durant cette période, par le marronnage. L’histoire officielle est toujours racontée par les « vainqueurs », les marrons, eux, n’ont pas laissé de traces écrites, aujourd’hui nous ne savons rien d’eux.

Ce sujet offre un grand champ de réflexions dans de nombreux domaines, dans ce film je questionne des spécialistes de diverses disciplines traitant de ce sujet. Leurs idées et leurs méthodes peuvent à la fois se confronter et différer mais aussi se croiser, se nourrir et se compléter.

Je prends le parti de valoriser le travail archéologique, car à mon sens il est celui qui a le plus à apporter au sujet : cette discipline scientifique construit l’histoire par des faits, ne laissant que peu
 de place à l’histoire officielle. L’archéologie puise dans la terre ce que le temps a bien voulu laisser et même si ce ne sont que des bribes, elles sont concrètes et permettent l’écriture d’une histoire objective.

Là encore c’est un choix qui n’est pas anodin puisque j’ai suivi trois années d’étude en archéologie. Je n’ai pas poursuivi une fois ma licence obtenue, mon objectif premier étant de revenir sur l’île pratiquer la discipline, j’ai été découragée par mes enseignants qui me soutenaient qu’une archéologie réunionnaise ne pouvait exister.

De retour sur l’île, j’ai poursuivi dans un autre domaine, celui de l’audiovisuel, abandonnant l’espoir d’une archéologie réunionnaise. Deux rencontres l’ont fait renaître : un agent forestier, petit-fils de chasseur de trésor, qui consacre son temps libre à la recherche de sites marrons en allant d’abord dépouiller les archives puis prospecter sur le terrain. Ensuite une doctorante en archéologie, qui consacre sa thèse aux recherches de sites marrons à La Réunion.

Mon idée de départ étant « la quête de sa propre histoire », je veux, à travers les interviews, mettre à jour une dimension intimiste : qu’est ce qui les motive profondément à rechercher le passé ? Mon objectif final étant de montrer qu’aujourd’hui, la société réunionnaise est prête à regarder et affronter son passé. Ce film sera inédit puisqu’il s’agira du tout premier documentaire portant à la fois sur l’histoire du marronnage à La Réunion et sur la naissance de l’archéologie réunionnaise."

Lauren Ransan

VOIR LE FILM