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« Tout est né d’une rencontre… ». Adriano Valerio, 37°4 S.

Dans cette note, Adriano Valerio partage avec humilité les moments forts de son voyage à Tristan da Cunha. La naissance de son court métrage, ses incertitudes, ses sensations sur cette île à la fois rude et poétique…

« Une rencontre avec Loran Bonnardot, un médecin qui a vécu à Tristan da Cunha et est ainsi devenu un vrai ami des Tristanais. J’ai tout de suite ressenti l’urgence de m’y rendre, et grâce à Loran, j’ai bénéficié d’un accueil très chaleureux, sans lequel le tournage de ce film aurait été impossible.
 Hervé Bazin disait que l’île est « un conte philosophique qui a l’avantage d’être vrai ». Mais ma démarche n’était pas sociologique ou anthropologique, j’avais juste envie de sentir ce que ça faisait de vivre au milieu de l’Océan et de rencontrer une communauté dont les règles de vie sont aux antipodes de celles avec lesquelles j’ai grandi.

Partir à Tristan était une quête personnelle, mais aussi une recherche pour un projet de long-métrage que je suis en train d’écrire. Je cherchais donc à m’intégrer le plus possible dans la communauté, je suis allé pêcher, j’ai aidé à bâtir une maison... Puis j’ai voulu faire un essai, une tentative de fiction, alors qu’aucune n’avait jamais été tournée sur l’île. En toute honnêteté, je n’étais pas du tout sûr d’arriver à tourner quelque chose. En plus j’étais complètement seul, alors que j’avais toujours travaillé avec une équipe. Je n’ai commencé à écrire qu’après que Riaan et Natalie aient accepté d’y participer.
 
Ni Riaan ni Natalie n’avaient envie de répéter. C’est pour ça que j’ai changé de dispositif en cours de route et que j’ai écrit une voix off. Je dois ainsi remercier Justin, qui a été le seul à accepter de prêter sa voix - et son accent typique de Tristan - au personnage de Nick. On enregistrait le soir, dans la cuisine de ma petite maison, mais il a eu besoin de boire beaucoup pour se détendre. Ça a été un tournage à la fois très dur et très amusant.

En arrivant à Tristan j’étais dans une dimension difficile à expliquer. Je venais de passer une semaine entière sur un petit bateau dans les «quarantièmes rugissants», moi qui n’avais connu que la Méditerranée (et j’étais sûr et certain de mourir de péritonite pendant le voyage). Sur l’île, j’ai alors ressenti une vraie liberté, à ne jamais fermer la porte de chez moi, à n’avoir jamais ni mon téléphone ni de l’argent dans les poches.

Tristan est aussi, au-delà de l’isolement, un lieu très particulier car son volcan y est toujours en activité et compte tenu de sa latitude, l’île est touchée par des vents violents et de fortes tempêtes. Et pourtant, la plupart des habitants, y compris les jeunes, n’ont aucune envie de partir de l’île. Quand le volcan est entré en éruption en 1961, les habitants ont été évacués en Angleterre pendant deux ans. Quasiment tous sont revenus ensuite. Je trouve cette résistance et ce sentiment d’appartenance très poétiques.

Cette question, d’où l’on vient et où on va, est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Je travaille sur un autre long métrage dont l’action se déroule entre le sud de l’Italie et la Roumanie. Mon prochain court métrage, produit par Origine Films, se tournera à Beyrouth. J’ai partagé ma vie entre Paris, Berlin et Milan. Je suis séduit par cette dynamique – très contemporaine - du déracinement volontaire. Mais de mon côté je ressens toujours le besoin - à un moment donné - de revenir, et de sentir qu’il y a un lieu et quelqu’un qui m’attendent. »

Adriano Valerio // Réalisateur de 37°4 S
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Biographie
Adriano Valerio est né en Italie en 1977.
Après une maîtrise de droit et des études de cinéma sous la direction de Marco Bellocchio, il se rend en France où il obtient un Bachelor of Fine Arts à l’EICAR.

En 2004, il devient Assistant Professeur de Nenad Dizdarevic à l’EICAR, où il en- seigne l’analyse de film et où il est Professeur Principal du cours Fast Track. Il est aussi intervenant aux séminaires de l’Istituto Marangoni (Paris), de l’Académie Libanaise de Beaux Arts (Beyrouth), de l’IHB- Artmedia (Casablanca).
 
En 2012, il fonde l’ONG Camera Mundi qui organise des ateliers cinéma dans les pays en développement. Il participe au Berlinale Talent Campus et à la Locarno Film Academy en 2012.

Filmographie

UN ANGE PASSE (2003)
CLAIRE (2004)
DA LONTANO (2007)
ORBITE (2009)
CURLING (2010)
37°4 S (2013)
Agosto (2015)
Mon Amour mon ami (2017)