Pépites gratuites

Wassim Sookia, réalisateur et talent de l’île Maurice

Cette semaine sur KWA FILMS, on vous emmène découvrir ou redécouvrir Wassim Sookia. Ce réalisateur mauricien a signé et autoproduit une dizaine de courts métrages tournés dans sa langue maternelle. Parmi elle, nous avons sélectionné trois petites pépites (en accès libre) qu’on vous invite à découvrir à la fin de l’entretien.

Vous êtes réalisateur Mauricien, depuis quand faites-vous des films ?

L’envie m’est venue dès l’âge de 12 ans. Un jour, à l’école je me suis dit que j’allais faire des films. À l’époque, j’avais la chance d’avoir un caméscope VHS, car mon papa et moi faisions des films de mariages. Alors, j’ai vite commencé à tourner des petits trucs avec mes cousins. Et j’ai tourné mon premier film « Zour de gloire » en 1995 dans le cadre du tout premier concours de court métrage à Maurice. 

Où vous êtes-vous formé ?

Je suis vraiment autodidacte. Il n’y a jamais eu d’école de cinéma à Maurice mais j’ai appris en regardant des films, en lisant ce que faisait les autres réalisateurs et en admirant des photos de tournages. A l’époque, il n’y avait même pas internet. Cela demandait beaucoup d’efforts d’arriver à trouver des informations et à forger sa passion ! J’étais fasciné par les caméras, je me suis donc lancé dans des études d’électronique afin de comprendre leur fonctionnement. Bien après, j’ai réalisé qu’il fallait maîtriser l’écriture pour écrire des films, je me suis donc lancé dans des études littéraires jusqu’à en devenir professeur de littérature dans un collège secondaire. 

Qui sont les réalisateurs qui vous inspirent ou vous ont inspiré ?

Ils sont nombreux. Ils ont été des professeurs pour moi. Je pense à Jim Jarmusch, Krystof Kieslowski, Hal Hartley, Aki Kaurismaki, Abbas Kiarostami, Wim Wenders pour ne citer qu’eux. 

Pourquoi le court-métrage ? 

C’est plus facile à faire en terme d’engagement, de temps, et de finances. Et puis jusqu’à présent, j’ai participé à des concours où le financement était offert pour des courts uniquement.

Pourquoi les écrire en créole mauricien ?

Je suis fier d’être Mauricien et fier de notre créole qui est différent des autres. Aussi, il est important pour moi d’écrire dans la langue maternelle des comédiens, d’autant plus que je tourne souvent avec des non acteurs. Et puis, je raconte des histoires locales, il est important de découvrir ces histoires dans sa langue originelle. 

Quand on s’est vus en octobre, vous aviez un film en cours de réalisation, vous pouvez nous en dire quelques mots ? 

Oui je l’ai terminé. « 16H03 » est un film que j’ai tourné dans le cadre d’un concours national contre la corruption à Maurice. Le film a reçu le Prix Spécial du Jury. Tourné en un week-end, le film montre les dégâts que peut faire la corruption si on se laisse tenter. (https://vimeo.com/305350217)

En avez-vous un autre en tête ? 

J’ai toujours des histoires en tête, mais j’attends juste la motivation et le moment idéal qu’il faut pour les tourner. Je pense que sans le savoir, ça travaille constamment dans ma tête, et quand le moment arrive pour moi de mettre sur papier, tout me vient. 

Pensez-vous au long métrage parfois ? 

Oui. Même qu’un jour le Sundance Film Festival m’a contacté pour savoir si j’avais un scénario de long métrage. J’en avais pas, mais j’ai dit que je pouvais en écrire un. Je me suis aussitôt mis à écrire et en dix jours j’avais un scénario dialogué que je leur ai envoyé. Malheureusement, au même moment il y a eu la crise au Etats Unis, et au lieu de choisir une dizaine de projets, ils n’en n’ont pris que trois. Et je n’étais pas parmi les trois.

Parmi les films que vous avez réalisés, quels sont vos films préférés ou ceux dont vous êtes le plus satisfaits ? 

Je suis rarement satisfait de mes films, car après avoir investis mon temps, mon énergie, et ma sueur, je constate, en les regardant après, qu’il y a beaucoup trop de failles. Par contre, j’ai beaucoup d’histoires qui font que je suis attaché à des films plus que d’autres. TANGA est un de ces films. À l’époque j’avais rien, même pas une caméra. Mais le film m’a offert une caméra et beaucoup de prix, dont des années après, celui du meilleur film au Fifai (Festival international du film d’Afrique et des Îles) catégorie Jeunesse. Keeper aussi est très spécial car je venais de rencontrer ma femme et on s’est mariés juste après la réalisation du film. Finalement, chaque film a une histoire. Ce sont tous mes bébés, donc je les affectionne tous autant qu’ils sont.

Est-ce difficile de produire à Maurice ?

Oui et non. Tout dépend de ce qu’on veut tourner. En terme d’équipements, on est pas encore au top. Mais si on a une bonne histoire, la technique ne compte pas tant que ça, si on est créatif.

Peut-on parler de cinéma mauricien ?

Je pense que oui. D’ailleurs, cela a été ma motivation depuis toujours de prouver au monde que le cinéma mauricien existe. Je me souviens quand j’ai envoyé mon film à Clermont Ferrand, j’étais fier de voir ‘Ile Maurice’ parmi la liste des pays qui avaient un film sélectionné. Depuis je me suis fixé comme objectif de permettre à l’île Maurice d’apparaître sur des catalogues de grands festivals de courts métrages. Pour y parvenir, je me suis mis à tourner au moins un film par an. 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune mauricien qui souhaite réaliser un 1er film ?

Un seul conseil : de tourner ce premier film. C’est la clé ! Le faire, permet d’apprendre comme à l’école. Et le deuxième film sera bien meilleur et ainsi de suite. Il faut juste se jeter à l’eau, le reste suivra. 

Un petit mot sur « The C WORD », « BATMEN »« KEEPER » pour nous expliquer ce qui vous a inspiré l’histoire de chacun d’eux.

The C Word (2017) // Mauricien - sous-titré anglais

Il a été fait dans le cadre du concours national de l’ICAC contre la corruption. J’ai réalisé ce film dans l’urgence, à tel point que j’ai commencé l’histoire, tourné la partie écrite, pour ensuite finir l’histoire une fois le tournage terminé. C’était frustrant surement pour les acteurs mais ils m’ont fait confiance et le film a eu le prix du Meilleur Film et Meilleur Acteur. 

 

Batmen (2016) // Mauricien - sous-titré français

Il a été tourné dans le cadre d’un concours de court métrage (7-Day Challenge) où tout devait se faire en sept jours : écriture, tournage et montage. Le film devait être sur un thème d’actualité. À cette époque il y avait des histoires sur l’armée mauricienne, qui se préparait à aller tuer les chauves-souris qui ravageaient trop les letchis. 

 

Keeper (2012) // Mauricien - sous-titré français

Quand j’étais jeune, j’étais gardien de but et j’avais moi-même fabriqué mes gants comme dans le film. Un jour, je les ai passés à quelqu’un pour un match et il les a égarés. J’ai souvent  rêvé d’aller retrouver mes gants là où il les avait perdus. Et puis, jeune, j’étais fan de Dev Gopala, le gardien but dans le film. C’était un rêve devenu réalité que de le diriger à mon tour dans mon film alors qu’à l’époque j’avais des posters de lui dans ma chambre.

 

Retrouvez tous les films de Wassim Sookia sur http://www.wassimsookia.com/